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Acouphènes et grossesse : ce qui est normal, ce qui alerte
Publié par Yannis Boukari, CEO & Fondateur Statera
21/09/26
Publié le 25 septembre 2026 · Mis à jour le 25 septembre 2026 · Temps de lecture ~7 min
Un sifflement qui s’invite un soir, un battement sourd dans l’oreille au moment de t’allonger : pendant une grossesse, chaque symptôme nouveau pose la même question. Est-ce que ça fait partie du lot, ou est-ce un signal ? Les acouphènes déstabilisent précisément parce qu’ils arrivent sans prévenir, dans un corps qui change déjà sur tous les fronts. Dans la grande majorité des cas, ce bourdonnement est bénin et s’explique bien : le sang circule en plus grande quantité, les muqueuses gonflent, et l’oreille perçoit ce qu’elle ignorait avant. Mais il existe une situation précise qui ne se discute pas, et elle est décrite juste en dessous, avant toute explication. Cet article t’apprend à faire la différence toi-même : reconnaître le type d’acouphène que tu entends, comprendre pourquoi il est apparu, et savoir ce qui se passe le plus souvent après l’accouchement.
L’essentiel. Les acouphènes sont fréquents pendant la grossesse et le plus souvent bénins : le volume sanguin augmente, les muqueuses gonflent, l’oreille perçoit davantage. Un acouphène qui bat au rythme du pouls, apparu après 20 semaines et accompagné de maux de tête ou de troubles visuels, justifie d’appeler sa maternité sans attendre.
Quand faut-il appeler sa maternité sans attendre ?
Un acouphène qui bat au rythme du cœur, apparu après la 20e semaine et accompagné de maux de tête, de troubles de la vision ou d’une douleur sous les côtes, justifie d’appeler sa maternité le jour même.
Appelle ta maternité aujourd’hui si ton acouphène s’accompagne d’un de ces signes : - des maux de tête inhabituels, qui ne cèdent pas ; - des troubles visuels : points lumineux, « mouches », vision floue (les phosphènes) ; - une douleur en barre sous les côtes ; - des œdèmes brutaux du visage ou des mains ; - une prise de poids rapide.
Le repère des 20 semaines compte. On parle de semaines d’aménorrhée, comptées depuis les dernières règles : c’est à partir de ce cap que se définissent l’hypertension de grossesse et la prééclampsie12. Avant, ces signes n’ont pas la même valeur. La prééclampsie associe une tension élevée et des protéines dans les urines, en lien avec le fonctionnement du placenta ; seul un professionnel de santé peut la rechercher, avec un tensiomètre et une bandelette urinaire13. Ce n’est pas rare : les désordres hypertensifs concernent environ 7,4 % des grossesses en France2, et la prééclampsie touche 3 à 8 % des femmes qui accouchent dans le monde1. La littérature qui relie spécifiquement l’acouphène à la prééclampsie est mince : le symptôme y figure parmi les signes d’accompagnement, rarement étudié pour lui-même. Ce qui est bien établi, c’est que les signes neurologiques, céphalées et troubles visuels en tête, comptent parmi les manifestations précoces de la maladie4.
Concrètement : si un rendez-vous est prévu dans les jours qui viennent et qu’aucun signe de la liste n’est présent, parles-en à ce rendez-vous. Si rien n’est prévu, consulte rapidement. Et si l’acouphène bat au rythme du pouls avec un seul de ces signes, on n’attend pas le prochain rendez-vous : on appelle. Tu liras ailleurs qu’il faut t’allonger et te reposer. Le repos ne remplace pas un avis : si ces signes sont là, on appelle d’abord. Cas à part enfin : un acouphène accompagné d’une baisse d’audition brutale sur une oreille relève d’un avis ORL urgent, grossesse ou pas.
Comment reconnaître un acouphène pulsatile ?
Un acouphène pulsatile bat au rythme de ton pouls : si tu poses deux doigts sur ton poignet, le son que tu entends est synchrone de ce que tes doigts sentent. Le test prend dix secondes. Place l’index et le majeur sur la face interne du poignet, ou sur le cou juste sous la mâchoire, et compare le rythme du battement dans l’oreille à celui du pouls. S’ils vont ensemble, l’acouphène est dit pulsatile.
D’autres indices vont dans le même sens : le son se modifie quand tu changes de position, quand tu tournes la tête, ou quand tu appuies doucement sur le côté du cou. Un sifflement continu, lui, ne bouge pas, quelle que soit la posture. Cette distinction n’est pas un détail : la qualité du son et les facteurs qui le modifient sont exactement ce que les médecins examinent en premier face à un acouphène pulsatile56.
Ce que cela signifie pendant une grossesse : un sifflement ou un bourdonnement continu est rarement un signal d’urgence. Un battement synchrone du pouls oriente vers la circulation, et mérite d’être signalé. Isolé, sans aucun des signes de la section précédente, il s’explique souvent par l’augmentation du débit sanguin, qui rend le flux plus audible dans les vaisseaux proches de l’oreille. C’est sa combinaison avec des maux de tête, des troubles visuels ou une douleur sous les côtes qui change la conduite à tenir.
Une précision qui compte : ce test ne diagnostique rien. Il sert à décrire précisément ce que tu entends, pour que ta sage-femme ou ton médecin puisse trier vite et bien.
Pourquoi la grossesse fait entendre des choses
Parce que le volume de sang qui circule augmente fortement pendant une grossesse, et que les muqueuses gonflent sous l’effet des hormones. Les chiffres de la physiologie sont parlants : le volume de plasma augmente d’environ 50 %, le débit cardiaque monte jusqu’à 45 %, et les résistances des vaisseaux baissent sous l’effet vasodilatateur des œstrogènes et de la progestérone, qui augmentent fortement7. L’oreille interne est un organe très vascularisé : quand le flux s’intensifie, elle perçoit davantage, y compris le passage du sang lui-même.
Deuxième mécanisme : l’œdème des muqueuses. Sous imprégnation hormonale, la muqueuse du nez et de la trompe d’Eustache, ce petit conduit qui équilibre la pression de l’oreille moyenne, gonfle. La dysfonction de la trompe d’Eustache est nettement plus fréquente chez les femmes enceintes, et elle se résout dans les semaines qui suivent l’accouchement8. Résultat : sensation d’oreille bouchée, voix qui résonne, et perception accrue des sons internes.
S’y ajoutent deux facteurs d’amplification. L’anémie par manque de fer, fréquente en grossesse, est associée à des atteintes de l’audition dans plusieurs études9 et peut accentuer la perception du bruit. Et le sommeil fragmenté joue son propre rôle : dans le silence de 3 h du matin, quand plus rien ne masque le bruit interne, le cerveau lui donne toute la place. Ce n’est pas l’acouphène qui grossit, c’est l’attention qui se resserre dessus.
Un mot sur la hiérarchie des causes, souvent présentée à l’envers : le bouchon de cérumen n’a rien de spécifique à la grossesse et n’a aucune raison d’arriver en tête. Ce qui change pendant neuf mois, c’est la circulation et les muqueuses. La grossesse n’est d’ailleurs pas le seul moment où les hormones se font entendre : l’autre grande bascule hormonale produit des effets comparables.
Est-ce que ça partira après l’accouchement ?
Le plus souvent oui, dans les semaines qui suivent l’accouchement, quand le volume sanguin et les hormones reviennent à leur niveau habituel. Les études audiologiques menées pendant la grossesse vont dans ce sens : les modifications de l’audition mesurées trimestre après trimestre reviennent à la normale en post-partum10, la dysfonction de la trompe d’Eustache se résout dans les semaines qui suivent la naissance8, et la plupart des manifestations ORL de la grossesse régressent une fois celle-ci terminée11.
Il faut pourtant être honnête sur le cas qui traîne, celui dont personne ne parle. Le post-partum cumule le sommeil fragmenté, la fatigue profonde, parfois une anémie, et une charge mentale inédite. Ce sont exactement les conditions qui entretiennent la perception d’un acouphène, même quand sa cause initiale a disparu. Le bruit n’a plus de raison mécanique d’être là, mais un cerveau épuisé, en vigilance permanente sur un nouveau-né, continue de le surveiller. Je connais ce mécanisme de l’intérieur : ce n’est pas la puissance du son qui use, c’est l’attention qu’on n’arrive plus à en détacher.
Que faire alors ? Au-delà de quelques mois après la naissance, ça se prend en charge comme n’importe quel acouphène : une consultation ORL, une audiométrie pour vérifier l’audition, puis un travail sur l’habituation, c’est-à-dire apprendre au cerveau à reclasser ce son comme non pertinent. Ce n’est ni une fatalité, ni « dans ta tête ». Et si le bruit persiste, ce n’est pas un échec de ta part : c’est un symptôme qui se traite, avec un parcours qui existe.
Que peut-on faire pendant la grossesse ?
Pendant une grossesse, on agit sur l’environnement et le sommeil, et on ne prend aucun médicament ni complément sans avis. Côté mesures sans risque : un environnement sonore doux la nuit plutôt que le silence total, qui laisse toute la place à l’acouphène ; une position de sommeil confortable, la tête légèrement surélevée si l’oreille se sent congestionnée ; une bonne hydratation ; des horaires de nuit aussi réguliers que la grossesse le permet. Les approches non médicamenteuses, dont les thérapies sonores, sont d’ailleurs celles qui ressortent de la littérature sur l’acouphène en grossesse12. Aucune de ces mesures ne fait disparaître un acouphène : elles visent à réduire l’inconfort, ce qui est déjà beaucoup à ce moment-là.
Le point ferme maintenant : aucune automédication pendant une grossesse. Pas de médicament sans ordonnance, pas de complément alimentaire, pas de plante, pas de « remède naturel », même présenté comme anodin. Certains médicaments sont ototoxiques, c’est-à-dire toxiques pour l’oreille interne, et la grossesse restreint de toute façon un grand nombre de molécules. La relaxation peut aider au confort et au sommeil ; elle n’a pas d’effet démontré sur l’acouphène lui-même, et personne ne devrait te la vendre comme un traitement.
Dernière chose, et elle simplifie tout : un acouphène de grossesse ne se règle pas chez un audioprothésiste. La bonne porte, c’est ta sage-femme, ton médecin, ou ta maternité. Ce sont eux qui savent replacer ce symptôme dans le contexte de ta grossesse.
Questions fréquentes
Les acouphènes sont-ils fréquents pendant la grossesse ?
Oui, les acouphènes sont fréquents pendant la grossesse et le plus souvent transitoires, parce que le volume sanguin augmente, que le débit cardiaque s’élève et que les muqueuses gonflent sous l’effet des hormones, et ils régressent généralement dans les semaines qui suivent l’accouchement711. L’acouphène fait partie des manifestations ORL décrites chez les femmes enceintes, aux côtés de la sensation d’oreille bouchée13.
Acouphène pulsatile enceinte : quand faut-il s’inquiéter ?
Un acouphène qui bat au rythme du pouls après la 20e semaine d’aménorrhée et qui s’accompagne de maux de tête, de troubles de la vision ou d’une douleur sous les côtes justifie d’appeler sa maternité le jour même, alors qu’isolé et sans autre signe il est souvent lié à l’augmentation du débit sanguin. Le test du pouls décrit plus haut permet de le reconnaître en dix secondes.
Les acouphènes de grossesse disparaissent-ils après l’accouchement ?
Le plus souvent oui, les acouphènes apparus pendant la grossesse régressent dans les semaines qui suivent l’accouchement, et quand ils persistent, c’est souvent parce que la fatigue du post-partum et le sommeil fragmenté entretiennent la perception alors que la cause initiale a disparu810. Au-delà de quelques mois, ils se prennent en charge comme n’importe quel acouphène, avec un ORL puis un travail d’habituation.
Peut-on prendre quelque chose contre les acouphènes quand on est enceinte ?
Aucun médicament, complément alimentaire ou remède de phytothérapie ne doit être pris contre des acouphènes sans avis médical pendant une grossesse, parce que certaines molécules sont toxiques pour l’oreille interne et que beaucoup d’autres sont restreintes ou contre-indiquées chez la femme enceinte. Les mesures sans risque portent sur l’environnement sonore de la nuit et la qualité du sommeil.
Acouphènes et vertiges pendant la grossesse : est-ce lié ?
Les vertiges de grossesse sont souvent liés à la baisse de tension, à l’hypoglycémie ou aux variations hormonales, et ils peuvent coexister avec des acouphènes sans cause commune, mais associés à des maux de tête et à des troubles visuels ils justifient un avis rapide. Vertiges et acouphènes figurent tous deux parmi les manifestations ORL décrites pendant la grossesse13.
Si le bruit s’installe et qu’il t’empêche de dormir, MyStatera est gratuite. Elle sert à modéliser ce que tu entends pour composer un environnement sonore qui le rend moins perceptible pendant l’écoute.
À propos de l’auteur. Yannis Boukari est cofondateur de Statera. Acouphénique, il a construit MyStatera à partir de sa propre expérience du symptôme et du parcours de soin ; tu peux lire mon parcours pour comprendre d’où vient ce blog. Il n’est pas professionnel de santé.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Pendant une grossesse, tout symptôme inhabituel doit être signalé à ta sage-femme, ton médecin ou ta maternité.
Organisation mondiale de la Santé, « Pre-eclampsia », fiche d’information, 10 décembre 2025. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/pre-eclampsia↩︎↩︎↩︎
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Sentilhes L. et al., « La pré-éclampsie : recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues obstétriciens français », Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2468718923002027↩︎
Miller E.C., Vollbracht S., « Neurology of Preeclampsia and Related Disorders: an Update in Neuro-obstetrics », Current Pain and Headache Reports, 2021. https://doi.org/10.1007/s11916-021-00958-z↩︎
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